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Robot Koch : électro-libre et harmonie environnementale [INTERVIEW]

Article non-paru, rédigé en Juin 2020 - par Pablo PATARIN


(Citations traduites de l’anglais sur les bases d’un entretien personnel1 et du documentaire sorti à l’occasion de l’album)


Producteur et compositeur, Robot Koch, de son véritable prénom Robert est un artiste confirmé de la scène électronique allemande. Il revient à 42 ans avec un album plein de sagesse mais ambitieux, où il a pris le parti de se détacher de l’électro pure, en y mêlant d’autant plus d’acoustique et d’organique qu’auparavant. Il y est question de futur, de nature, d’harmonie, de dépassement des limites de la conscience et des Next Billion Years.

Robot Koch est un artiste méconnu du grand public français, exception faite de la présence de nombre de ses musiques dans diverses séries, d’How to Get away with Murder à Pretty Little Liars en passant par The blacklist. Elève de la Red Bull music Academy2, élu meilleur compositeur de musique électronique au German Music Composers Award 2014, Robot Koch s’intéresse en parallèle à la composition moderne de musique classique, étant lui-même pianiste depuis son plus jeune âge. Il se produit dans des festivals tels que Coachella et Sonar dans les années suivantes, mais collabore et remixe également divers artistes tels que Max Richter, compositeur allemand de musique classique contemporaine (Vivaldi, The Four Seasons - Summer 3 (Robot Koch Remix).


En 2016, Robot Koch décide de quitter Monkeytown Records (producteur d’Apparat, Modelesktor et bien d’autres artistes de la scène électronique allemande), pour lancer son propre label Trees and Cyborgs : “ je connais les gars de Moderat depuis des années, nous avons commencé au même moment, dans la scène berlinoise du début des années 2000. Ce n’est qu’en 2013, après mon déménagement à Los Angeles que Gernot (leader du groupe Modeselektor) m’a demandé de sortir un album sur leur label. J’ai aussi fait la première partie de Moderat quand ceux-ci sont venus à Los Angeles. Même si j’ai évolué, et que je ne me produis plus chez eux, nous sommes toujours ami, et j’ai récemment placé un son dans leur compilation d’anniversaire des 10 ans d’existence du label. » Un nouveau tournant de sa carrière, qui lui a permis de récupérer les droits d’utilisation de sa musique, notamment en ce qu’il s’agissait des placements télévisuels. « L’avantage est aussi et surtout que cela m’a permis d’être indépendant d’un calendrier prédéfini ».


Robot Koch dispose justement d’une capacité à créer l’ambiance, dans des sons cinématographiques, minimalistes et graves, qui explique sa présence dans autant de bandes originales : « les music supervisor (qui bossent pour Netflix ou Warner Bros par exemple) vont parfois trouver ma musique intéressante pour les inclure dans leurs séries, mais je travaille aussi directement sur les séries pour produire des soundtracks originales. Mon dernier projet du genre était pour une série criminelle allemande nommée Shades Of guilt”.


HARMONIE ET SURREALISME

Image issue du documentaire : the next billion years.

L’album s’ouvre avec le profond et mélancolique Manipura (l’un des chakras du tantrisme hindou, démontrant l’aspect universel souhaité par Robot Koch), où le violoncelle se mêle aux sons électroniques, entre gravité et mystère. Sur All forms are unstable, l’atmosphère un peu vaseuse, le lyrisme et les percussions lointaines ne sont pas sans rappeler l’ambiance créée par le compositeur Olafur Arnalds pour son album réalisé pour la série Broadchurch. La touche nordique n’est d’ailleurs jamais bien loin dans l’album de Robot Koch. Il collabore sur la totalité du disque avec le chef d’orchestre estonien Christian Jarvi dirigeant l’ensemble Nordic Pulse (regroupant les membres du Baltic Sea Philarmonic, musiciens de diverses nationalités nordiques). La profondeur est donnée par la contrebasse, le lyrisme par les violons, complétés avec volupté par les violoncelles.


Entièrement composé par Robot, à l’exception de Cousteau, co-composé par Julien Marchal (pianiste français) et Stars with eyes en compagnie de Viktor Arnason (compositeur islandais), les créations de Robot Koch sont définies par lui-même comme la juxtaposition de sons naturels et artificiels, additionnés dans leurs similarités tout autant que leurs paradoxes. Un paradoxe à l’image de sa musique à la fois sombre et lumineuse, apaisée et démonstrative.


Accompagnant la sortie de l’album, un documentaire est disponible sur Youtube ainsi que son site web3. Robot Koch y affirme notamment vouloir « parler à l’esprit inconscient », à la manière des artistes surréalistes : « j’aime beaucoup le surréalisme en tant que courant, particulièrement les travaux d’artistes comme Leonora Carrington, (peintre et écrivaine mexicaine du XXe). Je sais que l’on considère les rêves et l’esprit inconscient comme quelque chose de surréel, mais l’esprit inconscient ne m’apparaît pas ainsi. L’inconscient m’apparaît comme quelque chose de peut-être plus réel que ce que l’on considère comme tel communément. Notre perception est basée sur nos sens, aux histoires dans lesquelles nous nous inscrivons, notre culture, notre éducation, etc. On pourrait dire que le subconscient dépasse toutes ces limites de la perception des sens et des points de vue individuels. »


Sa liberté de création juxtaposée à sa double casquette de producteur électro et de compositeur moderne de musique classique, est justement ce qui fait l’essence de cet album, mêlant avec brio acoustique et électronique, « organique et synthétique », dans des compositions audacieuses. Le documentaire se conclue par un questionnement sur le futur, la capacité de l’humain à être dans le présent tout en se projetant vers l’avenir. Il est donc question d’équilibre, pour trouver du sens, propre à l’humanité, dans l’optique de trouver la paix et l’harmonie tout en sachant rester les pieds sur terre.



METISSAGE ET ACTIVISME MUSICAL


Image issue du documentaire : the next billion years.

Au sein du documentaire, les éléments naturels se multiplient à l’image, où Robot déambule au rythme de sa musique et de sa voix off, mêlant poésie délicate et angoisses de science-fiction. Il y explique que par la musique, il parvient justement à toucher du doigt une forme de conscience globale, mettant en lien celle-ci avec l’écologie et l’environnement. L’ensemble Nordic Pulse y est également assimilé à un micro-organisme, devant s’écouter, s’entendre, réagir les uns aux autres, pour se « connecter non-verbalement » jusqu’à l’unisson et rendre plus uniques et sensibles les compositions créées.

Lorsqu’interrogé sur son point de vue sur le futur, thème principal de son album, et les nécessités de demain, il répond ceci : “je pense qu’il est nécessaire de se réveiller, d’atteindre une conscience collective plus globale. Ce que je veux dire par là, c’est que nous devons surpasser les croyances restrictives et adopter à la place l’idée d’intégration, se percevoir en tant qu’êtres interconnectés et non séparés les uns des autres et surtout séparés de la nature. Toutes nos actions ont des conséquences sur tout. Si nous pouvons dépasser l’illusion d’un égo séparé qui s’auto-conduit, et inviter à la place la notion d’interconnexion, alors nous élevons et développons une conscience globale, ayant comme fondement l’inclusion et non la discrimination.”


Hippie ou militant affirmé, Robot Koch affirme voir son travail « comme une forme d’activisme. Tout part de l’intention et du message qui y est affirmé. Réaliser notre connexion à la nature est un sujet qui m’importe personnellement, que je souhaite communiquer au travers de ma musique. Après tout, je dois à la nature la plus grande part de mon inspiration.Par le mélange électro-symphonique, l’album de Robot Koch rappelle parfois les créations électro-symphoniques de Prequell et leur album The future comes before, dont il partage aussi bien certains arrangements que le thème. Le titre The Next Billion Years est inspiré d’un enregistrement du Commandant Cousteau, dans lequel celui-ci semblait déjà s’enquérir, en 1973, des problématiques environnementales et mentionnait les perspectives des milliards d’années à venir. Au-delà de sa musique, Robot Koch cherche à « collaborer créativement avec des gens et organisations pour propager une conscience écologique et sociale. J’ai par exemple collaboré avec Ian Urbina, journalise au New York Times et écrivain du livre "outlaw oceans", qui m’a contacté pour que je contribue musicalement à son projet visant à faire prendre conscience du manque de lois régissant les océans (trafics, pollution…) another example is what i did with BUND (non-governmental organisation dedicated to preserving nature and protecting the environment): for the project Tree Songs i contributed a song for a project which profits were used to replant trees and create awareness for the shrinking number of trees. Je soutiens aussi beaucoup d’associations comme Sea Shepard, Greenpeace, Animals asia… »


Les 12 tracks de The Next Billion Years apparaissent donc comme une aventure harmonieuse, un appel serein à destination du futur. Le lyrisme de Robot Koch ne faisait plus de doutes après l’ensemble de son œuvre. Toutefois, l’inspiration d’artistes contemporains minimalistes, utilisant aussi bien piano que synthé, violons et percussions électroniques, qui se ressent encore plus dans cet album que ses précédents, semble apporter une dimension supplémentaire à son travail. Les compositions fabuleuses et mystiques, où les temps calmes et montées en puissance se superposent au même titre que les sonorités dégagent une certaine mélancolique, mais aussi une puissante sérénité. Robot Koch paraît y répondre à ses propres attentes : nous permettre d’entrer en communion avec lui et notre environnement.

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